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Le Président Emmanuel Macron a fait un discours consensuel à Ouagadougou.

Très attendu depuis son annonce sur le discours qui allait prononcer devant la jeunesse burkinabè à l’occasion de sa tournée africaine, le Président français Emmanuel Macron a réussi à mettre anti, sceptiques et pro d’accord. Loin du mémorable discours de Dakar de Nicolas Sarkozy dont la condescendance et le dirigisme restent encore au travers de la gorge des Africains, le jeune chef d’Etat a su sublimer tous les sujets à controverse face à une jeunesse estudiantine qu’il a su conquérir par la décontraction.

Décrispation ! Ce mot résume à lui tout seul le style et la teneur du discours que le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron a prononcé mardi 28 novembre 2017 devant les 800 étudiants rassemblés dans un amphithéâtre de l’Université de Ouagadougou.

Et pourtant, lundi, jour de l’arrivée d’Emmanuel Macron à Ouagadogou, des individus encagoulés et à moto, avaient jeté une grenade sur une des patrouilles des forces françaises commises à la sécurisation de cette visite, faisant trois blessés civils. Puis, mardi matin comme elles l’avaient annoncé, des organisations de la société civile dénonçant la réminiscence coloniale de cette visite, ont organisé des manifestations pour y démontrer leur hostilité.

Mais, face aux étudiants burkinabè,  Emmanuel Macron va afficher un style très décontracté comme si de rien était. Et pourtant, le prestigieux orateur avait bien en conscience le lourd héritage dont l’on devient automatiquement porteur face aux Africains lorsque l’on est Président de la République de France : tant le lourd passé colonial que l’action et la responsabilité réelles ou supposées de ce pays dans le grand retard de développement de ses ex-colonies.

Sur fond de cet héritage qui a toujours hérissé les poils aux Africains, Emmanuel Macron n’aura choisi ni le déni ni la condescendance. Tout en gardant bien la mesure de sa gravité, il a plutôt opté pour une décrispation. Parce que selon lui si le passé n’est pas à nier, se donner la main entre peuple français et peuples africains, entre pouvoir français et pouvoirs africains pour relever les défis du présent et du futur, à commencer justement par ceux nés de leur passé commun, est encore plus important.

Sur cette base et dans un style décontracté et emprunt de sympathie, le jeune chef de l’Etat français a eu un traitement plus que consensuel des sujets annoncés comme périlleux. Sur le plus brûlant d’entre eux, le traitement judiciaire de l’assassinat en 1987 du Capitaine Thomas Sankara, père de la Révolution Burkinabè et depuis idole panafricaine, mis au passif de Blaise Compaoré et dans lequel la main de la France est fortement présumée avoir été impliquée, Emmanuel Macron a promis declassifier des dossiers de renseignement des archives françaises afin que la lumière soit faite. Il a aussi promis la même facilitation dans un autre dossier non moins épineux : l’extradition de François Compaoré, frère cadet de l’ex- chef de l’Etat, réclamée par la justice burkinabè pour son implication présumée dans l’assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo. « Il appartient à la justice française de prendre sa décision, je ferai tout pour faciliter celle-ci », a-t-il assuré.  

L’autre sujet brûlant sur lequel était fermement attendu le chef de l’Etat français, mais à caractère supranational, c’était celui du franc CFA. Dénoncé par un nombre sans cesse croissant d’Africains comme l’instrument principal de l’exploitation économique post-coloniale des pays africains par la France, cette monnaie est devenue la principale source d’alimentation du sentiment anti-français sur le continent. « N’ayez pas sur ce sujet une approche bêtement post-coloniale ou anti-impérialiste, ça n’a aucun sens, ça n’est pas de l’anti-impérialisme, ce n’est pas vrai (…) C’est une bonne chose pour un aspect, ça donne de la stabilité à ceux qui l’ont (…)  J’accompagnerai la solution qui sera portée par l’ensemble des présidents de la zone franc. S’ils veulent en changer le périmètre, j’y suis plutôt favorable. S’ils veulent en changer le nom, j’y suis totalement favorable. Et s’ils veulent, s’ils considèrent, qu’il faut même supprimer totalement cette stabilité régionale et que c’est mieux pour eux, moi, je considère que c’est eux qui décident et donc je suis favorable», a-t-il affirmé.

Deux autres sujets, source de grandes préoccupations en Afrique et au-delà, ont naturellement reçu son attention : il s’agit du terrorisme jihadiste et de la tragédie des migrants en Libye. Sur le premier, tout en réaffirmant l’engagement de la France dans la force multinationale du G5 Sahel, il a appelé le Qatar, la Turquie et l’Iran, accusés d’être les principaux soutiens de ces groupes prônant l’extrémisme religieux, à « s’engager fermement dans ce combat. »

S’agissant du cas libyen, il a dénoncé le trafic des migrants et leur réduction en esclavage comme un «crime contre l’humanité ». Et de promettre « un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger ». Il ira plus loin en évoquant sa décision de « proposer une initiative euro-africaine (destinée à) frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs ».

Au terme de son discours de 1H30 et de l’exercice de questions-réponses avec les étudiants burkinabè où plusieurs autres sujets d’importance ont été traités, Emmanuel Macron aura réussi a déjoué le bourbier burkinabè que l’on lui prédisait. Bien au contraire, il aura réussi à transformer habilement sa jeunesse que l’on pronostiquait comme un handicap, en son meilleur atout : il a démontré que les jeunes du monde entier parlent finalement le même langage.

 

John G. Gogouahi