alassane-ouattara août 2017

guillaume soro aout 2017

Entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro, les rapports n’arrêtent pas de se distendre.

On n’en a assurément pas encore fini avec les dessous de la rébellion armée qui a contribué à porter Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire. Alors que l’on assurait que cette force armée était exclusivement composée d’Ivoiriens du Nord révoltés contre les injustices des pouvoirs politiques sudistes, les derniers déroulements des mutineries qui agitent violemment les rangs de l’armée ivoirienne depuis trois (3) ans viennent de remettre sérieusement en cause cette thèse. Sur fond d’empoignade entre les deux (2) têtes de pont du mouvement nordiste, le chef de l’Etat Alassane Ouattara et le chef de l’ex-rébellion, Guillaume Soro.

Tout est parti d’un article de Jeune Afrique publié sur son site Internet (www.jeuneafrique.com) le 08 août 2017. Selon ce confrère, en vue d’enrayer les mutineries et mouvements de violences d’une extrême gravité qui secouent les Forces Armées de Côte d’Ivoire (FACI) depuis trois (3) ans maintenant, le Président Alassane Ouattara a pris une ordonnance fin juin. Ce confrère dont la voix fait autorité sur le continent africain depuis 50 ans, explique dans le détail que cette ordonnance a été « prise en dehors du Conseil des ministres ».Et, comme pour marquer son caractère inavouable, les services de la présidence de la République n’ont pas communiqué là-dessus.

La raison de cette procédure peu commune ? A travers cette ordonnance, indique Jeune Afrique, « Alassane Ouattara a donné des pouvoirs exceptionnels au général Sékou Touré, chef d’état-major des armées, et au général Nicolas Kouakou, commandant supérieur de la gendarmerie. » De sorte qu’ainsi renforcés, les chefs des deux principales composantes de l’armée ivoirienne « peuvent désormais radier tout militaire ou gendarme sur simple « rapport de [leur] supérieur hiérarchique, en cas de flagrance dans la commission de fautes contre l’honneur et la morale » ou en cas d’absence non justifiée pendant quinze jours. »

Quand Ouattara déterre le terrible débat sur la nationalité…

Cette ordonnance singulière se serait arrêtée là qu’elle aurait paru normale pour un chef d’Etat qui veut mettre un terme au désordre dans son armée, dont les équipées meurtrières sont devenues quotidiennes et inquiétantes. Sauf qu’elle cible une catégorie de soldats qui seraient la source de l’indiscipline dans la grande muette ivoirienne. Selon Jeune Afrique, comme l’on pouvait du reste s’y attendre, il s’agit du fameux Contingent 8 400.  Du nom des combattants ex-rebelles des FAFN (Forces Armées des Forces Nouvelles), devenus FRCI et au service d’Alassane Ouattara en 2010 au moment où il en décousait avec Laurent Gbagbo, avant d’être reversés dans l’armée régulière sous le nom de FACI. Le texte donne ainsi pleins pouvoirs aux deux officiers généraux de radier du corps sans autre forme de procès tout mis en cause qui « ne fait pas la preuve de sa nationalité ivoirienne ». Et c’est là que tout se gâte ! Y aurait-il donc des non Ivoiriens au sein de l’armée ivoirienne conformément aux accusations des détracteurs du Président Ouattara, qui ont toujours soutenu que Guillaume Soro et lui ont monté une coalition de combattants et de mercenaires étrangers pour faire la guerre en Côte d’Ivoire ? Pour le célèbre média, cette ordonnance vise clairement « des étrangers enrôlés dans les FN (ex-rébellion de Guillaume Soro) et intégrés à l’armée sur présentation de documents d’identité frauduleux, lors de la constitution des FRCI, devenues Faci. » Autrement dit, les autorités ivoiriennes admettent sans le moindre doute la présence d’éléments étrangers dans les rangs de leur armée régulière. Et si les agitations qu’elles leur attribuent sont si intenses, il s’en déduit clairement que cette présence est massive.

Ouattara accusé d’Ivoirité

Il n’en aura pas fallu plus pour qu’Abidjan, plusieurs média, notamment ceux de l’opposition, ainsi que les utilisateurs des réseaux sociaux, crient leur émoi. Alassane Ouattara, jadis présenté comme persécuté successivement par Konan Bédié, Robert Guéi et Laurent Gbagbo pour « doute sur sa nationalité ivoirienne » à travers le concept de l’Ivoirité créé par le premier, aurait-il décidé à son tour de manier cette arme de la nationalité pour opérer un tri au sein de l’armée qui l’a porté au pouvoir ?

En tout état de cause, la divulgation de cette ordonnance secrète a vivement relancé le débat entre les Ivoiriens. Les doutes sur les origines la grande majorité des éléments de l’ex-armée de Guillaume Soro avaient toujours prévalu en Côte d’Ivoire et en dehors. Mais, cette ordonnance vient résonner comme un aveu. Surtout lorsque cela vient du principal bénéficiaire de l’action des FAFN.

La réaction immédiate de Guillaume Soro

Mais, autant que la résurgence de cette controverse sur la nationalité, c’est l’idée de se savoir à la merci de forces extérieures par l’effet de la présence de ces éléments étrangers dans l’armée nationale, qui crée le plus l’émoi dans l’opinion. Surtout qu’en plus des mutineries, l’école de police, les commissariats, les brigades de gendarmeries, les prisons, et même le palais de justice d’Abidjan Plateau sont devenus les cibles d’attaques dont le mode opératoire incline à croire à des actions de militaires.

Face donc à cette ordonnance qui tend à les indexer comme responsables de l’intégration d’étrangers dans l’armée ivoirienne et qui sont les artisans du climat d’insécurité qui forcit en Côte d’Ivoire, l’ancien ministre Alain Lobognon, nommé porte-parole des Forces Nouvelles par Guillaume Soro, a aussitôt réagi. « Il n’y a pas d’étrangers au sein des ex-FAFN. D’ailleurs, pour intégrer la fonction publique, on présente un titre d’identité », a-t-il indiqué  dans la foulée sur son compte Twitter.

Cette ordonnance intervient alors que le régime d’Alassane Ouattara peine terriblement à reprendre le contrôle sur l’armée et que la nomination d’Hamed Bakayoko comme ministre de la Défense semble ne pas suffire à clamer les choses. Dans le même temps, les relations entre le chef de l’Etat et ses principaux alliés que sont Konan Bédié et Guillaume Soro se sont distendus et seraient même devenues exécrables selon certains observateurs. Les entourages de ces derniers accusent désormais le président Ouattara de trahir leur accord tacite de passer le pouvoir en 2020 à un membre de leur coalition. Or, celui-ci manœuvrerait ouvertement pour un troisième mandat à son profit ou, à tout le moins, pour positionner son historique compagnon de route politique, le premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

John  G. Gogouahi