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Affi N’guessan veut retrouver la main dans le jeu politique en vue de la présidentielle de 2020.

Le président légal du Front populaire ivoirien (FPI), Affi N’guessan, a dû descendre de sa tour de verre pour supplier la branche dissidente de cette formation conduite par Aboudrahamane Sangaré, le compagnon de route historique de Laurent Gbagbo, de revenir. Manifestement pour retrouver la main dans le jeu politique en vue de l’alternance de 2020 d’où il semble éjecté. C’était au cours d’une réunion tenue samedi 29 juillet à Abidjan.

« Il y a un moment pour se bagarrer et il y a un moment pour se disputer. Mais, il y a aussi un moment pour se réconcilier, pour se rassembler. Je crois que le moment de se réconcilier et de se rassembler est arrivé pour le FPI », a plaidé Affi N’guessan au cours de la réunion tenue à Abidjan par sa branche de l’ancien parti au pouvoir. Avant de nommer clairement le destinataire de sa supplique. « Je compte sur tous nos camarades qui sont aujourd’hui de l’autre côté, à commencer par le vice-président Aboudrahamane Sangaré, pour qu’une chance soit donnée à l’unité du FPI dans l’intérêt de la lutte, dans l’intérêt de notre pays », a-t-il dit.

Ce revirement intervient alors que les services de l’ancien premier ministre avaient annoncé auparavant le report sine die du congrès de sa branche annoncé pour les 12 et 13 août 2017. Selon lui, il s’agit de donner une chance à un retour à l’unité du FPI.

Mais pour qui connaît les arcanes de l’ancien parti au pouvoir, il n’y a pas à pratiquer la divination pour savoir que cette main tendue n’est que l’aveu public de la part d’Affi N’guessan qu’il est  complètement acculé. Accusé de vouloir tourner politiquement la page de Laurent Gbagbo et de se positionner comme son successeur à la fois à la tête du FPI et dans le jeu politique ivoirien, l’ancien premier ministre s’était lancé dans une fuite en avant depuis sept (7) ans. Il avait fermement rabattu les oreilles aux appels de ses compagnons pour qui leur parti devait être maintenu sous l’unique autorité de Laurent Gbagbo en jugement à la CPI. Pour toute réponse, il avait déclenché contre eux l’appareil sécuritaire et judiciaire de l’Etat mis à son service par le régime Ouattara pour en faire le tenant de l’opposition qui le légitime. Sauf que si Affi N’guessan l’a emporté pour la légalité, il n’a jamais été investi de la légitimité des bases du FPI. Son dérisoire 9% contre Alassane Ouattara à la présidentielle de 2015 et surtout ses trois (3) sièges récoltés aux dernières législatives qui constituent les scores les plus ridicules jamais réalisés par le FPI  à des élections, ont fini par le délégitimer complètement. Puisqu’au passage, il a perdu son statut de chef de file de l’opposition ;  l’UDPCI de Mabri Toikeusse et surtout le PUCI de Gnamien N’goran, de toute récente création, lui ont ravi ce statut. La conséquence de cette mise en évidence de l’inexistence de l’emprise d’Affi N’guessan sur le FPI et de son absence d’audience sur le terrain politique, c’est qu’il est ignoré depuis par le régime Ouattara comme interlocuteur de l’opposition. Pire, il n’apparaît dans aucune des combinaisons politiques qui font fureur en ce moment en Côte d’Ivoire en vue de la succession au Président Ouattara en 2020. Dans ce jeu où tous restent conscients que le FPI demeure une force politique qui va peser lourd au moment où l’alliance entre le RDR et le PDCI-RDA est plus que fissurée, ceux qui veulent se positionner en vue de récolter les marrons de ce feu, ignorent royalement la tendance Affi Nguessan au profit de la tendance Aboudrahamane Sangaré, objet de toutes les assiduités.

Au total, l’appel à l’unité du FPI lancé par Affi N’guessan apparaît comme une tentative de sa part pour reprendre la main dans le jeu politique en vue de la présidentielle 2020. Quoique parti avec les cadres les plus en vue de ce parti, l’ancien premier ministre désespère de constater qu’il ne pèse toujours rien politiquement. Il ne s’en est pas caché samedi : « Les Ivoiriens comptent sur le Fpi pour l’alternance et pour la reconstruction du pays. Aujourd’hui, le contexte est favorable à cette alternance. Donc les militants du Fpi ne peuvent pas être un obstacle au retour de leur parti au pouvoir. C’est pourquoi nous sommes convaincus que les uns et les autres entendront le message», a-t-il dit. Avant d’indiquer qu’il mise sur des bons offices qui vont lui permettre de se repositionner : « Il y a des messages qui nous sont parvenus de très hautes personnalités du Front populaire ivoirien (Fpi). Je pense que dans les jours à venir, leurs identités seront connues. Ce sont des messages qui nous sont parvenus par l’intermédiaire de personnes fiables en qui nous avons entière confiance et de façon insistante depuis deux mois (…) Et, étant donné la qualité de ceux qui appellent à l’unité à l’heure actuelle, nous sommes persuadés qu’il n’aura pas d’attitudes de rebellions vis-à-vis de ces messages. Nous comptons donc sur tout le monde. En ce qui nous concerne, nous sommes ouverts, nous sommes engagés totalement et nous devons avoir l’humilité et la modestie nécessaire pour que l’unité soit retrouvée dans la fraternité». Mais alors, comment cette supplique sera-t-elle reçue par la tendance Aboudrahamane Sangaré et les bases, alors même que Affi N’guessan n’est toujours pas autorisé à être admis dans la présence de Laurent Gbagbo à la Haye ? Sans toujours avoir été adoubé par le fondateur et leader historique de ce parti, il faut croire que ce ne soit peine perdue.

John G. Gogouahi