COMPAORE

BONKOUNGOU

MM. Apollinaire Compaoré (en haut) et Mahamadou Bonkoungou (en bas) sont pressentis comme candidats à la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie.

La prochaine élection à la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, sera peut-être la plus ouverte, mais aussi la plus disputée dans l’histoire de ce pays. Certainement affranchie cette fois  du poids du pouvoir politique, les électeurs trancheront entre des candidats parmi lesquels de grandes figures du secteur privé sont annoncés.

La Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso va-t-elle afin entrer dans une ère de respect de ses textes légaux ? Nombreux sont les observateurs qui les croient. Certains que la prochaine élection à la présidence de l’institution en charge de la promotion du secteur privé dans ce pays, va enfin se jouer sur des bases égalitaires et objectives et offrir à chaque prétendant la chance de se hisser à ses commandes. Car jusque-là, cela n’avait jamais été le cas.

On se rappelle encore que la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie a été monopolisée pendant vingt (20) ans par feu Oumarou Kanazoé. Certes, richissime homme d’affaires et fondateur de nombreuses grandes entreprises, il était connu comme la figure emblématique du secteur privé au Burkina Faso au moins quarante (40) années durant. Mais, il était tout autant connu pour être un des barons du régime déchu de Blaise Compaoré. A sa disparition en 1991, il avait été remplacé à la tête de cette institution de façon quasi tacite par un membre non dissimulé du clan Compaoré : Mme Alizéta Ouédraogo. A la suite d’une élection de pure forme, celle qui était surnommée ‘’Belle-mère nationale’’ avait été imposée par le régime. Parce que génitrice de l’épouse de François Compaoré, frère cadet et tout-puissant conseiller économique de l’ex-chef de l’Etat qui avait la haute main sur toute l’économie burkinabè. Mais, elle avait dû trouver place  in extremis à bord du convoi militaire qui avait amené Blaise Compaoré et tous les siens en exil après sa chute du pouvoir le 31 octobre 2014. Depuis, la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso demeure sans président statutaire. Elle est gérée par un intérim.

Avec le retour à la normalité institutionnelle au Burkina Faso suite à l’élection du Président Roch Kaboré, et face à l’urgence de relancer le pays au plan économique, la remise sur pied de la Chambre de commerce et d’industrie est devenue prégnante. Aussi, l’élection d’un nouveau président à sa tête est plus que jamais à l’ordre du jour. On l’annonce immédiatement après les élections municipales prévues le 22 mai 2016, même si une date précise n’a pas encore été arrêtée. Mais déjà, sur le terrain, des états-majors de campagne se mettent en place autour de personnalités de plus en plus nombreuses à montrer des velléités de candidature. Au nombre de celles-ci, deux (2) poids lourds du secteur privé au Burkina Faso voire en Afrique de l’ouest : M. Apollinaire Compaoré et M. Mahamadou Bonkoungou.

Le premier, magnat des télécommunications (Telecel Faso et Alpha Télécommunications Mali SA), est le fondateur-président de la multinationale Groupe Planor Afrique, qui comprend des enseignes dans des secteurs aussi variés que le commerce, les transports, les assurances, la banque, les hydrocarbures, l’hôtellerie, l’industrie, etc. Mais, le principal atout de M. Apollinaire Compaoré, c’est qu’il est vice-président chargé du commerce dans le bureau sortant de la Chambre de commerce et d’industrie. Mieux, de l’avis général, c’était lui le grand favori de l’élection de 2011. Avant qu’il ne soit invité à s’incliner devant Mme Alizéta Ouédraogo. C’est donc un homme du sérail, qui a de l’audience auprès de ses pairs et singulièrement auprès des commerçants qui constituent le gros de cet électorat, qui entend repartir de nouveau à la conquête de la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie. La majorité des observateurs estime qu’il prête les meilleures chances.

Toutefois, il devra compter avec M. Mahamadou Bonkoungou. Magnat, lui, du BTP, son entreprise, EBOMAF, compte de nombreux chantiers de construction de routes bitumées et de ponts estimés à plusieurs dizaines voire centaines de milliards F CFA repartis entre le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Conakry, le Niger, la Côte d’Ivoire, etc. Si l’homme jouit tout autant que son potentiel rival d’une puissance financière appréciable, il a contre lui le fait qu’il est quelque peu un néophyte dans cette course à la conquête de la Chambre de commerce et d’industrie. Toutefois,  M. Mahamadou Bonkoungou a entrepris dans cette perspective de combler rapidement son retard sur ce tableau. Il mène des initiatives destinées à créer la proximité entre les commerçants et lui. Tel le fonds de garantie d’une valeur de 300 millions F CFA qu’il a contribué à mettre en place à leur profit il y a quelques mois. Tout comme les manifestations de commerçants qu’il parraine à tour de bras.

« L’élection à la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie ici au Burkina Faso, est une véritable bataille de titans », nous prévenait il y a peu un connaisseur de ces joutes qui en a été témoin à plusieurs reprises. Une confrontation entre une candidature de  M. Apollinaire Compaoré et celle de M. Mahamadou Bonkoungou lui donnerait pleinement raison. Surtout que cette fois, tout porte à croire que seuls les électeurs seront réellement les maîtres du destin des candidats. Ou du moins si l’on en croit le ministre du Commerce.  Qui a récemment annoncé son intention de confier l’organisation cette élection … à la CENI, la Commission nationale électorale indépendante elle-même. Ceci aux fins de mettre ce scrutin au-dessus de tout soupçon.

Cette annonce a toute son importance. En effet, le nouveau pouvoir burkinabè est de plus en plus suspecté de vouloir renouer avec le statu quo ante en faisant renaître le cordon ombilical entre la Chambre de commerce et d’industrie et le politique. Ce, en manœuvrant pour placer à sa tête madame Safiatou Lopez, directrice générale d’Afrique Construction SA, qui en affiche ouvertement l’ambition depuis la transition. Celle-ci n’arrête plus de s’illustrer que comme missi dominici  de la nouvelle Première dame du Faso, madame Sika Kaboré, comme lors de la visite du chef de l’Etat aux Etats-Unis. Elle a enflammé les réseaux sociaux qui se sont indignés de son excès de zèle à l’encontre de la communauté burkinabè qu’ils ont qualifié de mépris. Ceux-ci ont alors abondamment dénoncé le fait qu’elle se soit fait délivrer un passeport diplomatique et ont même appelé à la mobilisation pour empêcher le régime de Roch Kaboré d’en faire une Alizéta Ouédraogo bis.

Eric Kaboré