L’armée malienne est partie mardi à la reconquête de Kidal (nord-est du Mali) occupée par la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), accusée de pratiquer une “épuration raciale” à l’encontre des Noirs de cette ville.

 

Des combattants du mouvement Ansar Dine à Kidal, le 7 août 2012 © AFP-Archives Romaric Ollo Hien.

Des combattants du mouvement Ansar Dine à Kidal, le 7 août 2012 © AFP-Archives Romaric Ollo Hien.

Cette reconquête de Kidal a commencé le jour où un attentat suicide a été commis au domicile dans cette ville d’un chef militaire du MNLA connu sous le prénom de Malick, tuant le kamikaze qui s’est fait exploser et blessant une personne qui se trouvait dans la maison, selon des témoins.

Un “grand nombre” de soldats “lourdement armés” est arrivé mardi à Anefis, localité située à 150 km au nord de Gao, la plus grande ville du nord du Mali, et à 200 km au sud de Kidal, selon un habitant d’Anefis joint par l’AFP.

“Pour le moment, il s’agit d’aller à Anefis en vue de préparer l’entrée à Kidal”, a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’armée, Souleymane Maïga. Il n’a pas souhaité préciser le nombre de soldats engagés, parlant juste de quatre “groupements tactiques interarmes” mobilisés pour y parvenir et “redéployés dans d’autres secteurs stratégiques” afin “de resserrer le dispositif autour de Kidal”.

Le MNLA, qui occupe Kidal depuis le départ des islamistes armés chassés fin janvier par l’intervention militaire française au Mali, refuse, depuis, la présence de l’armée et de l’administration maliennes dans la ville, compromettant la tenue dans tout le pays du premier tour de l’élection présidentielle du 28 juillet.

Des soldats français, dont l’intervention a permis le retour de la rébellion touareg avec laquelle ils collaborent, restent basés à l’aéroport de Kidal.

L’attitude de la France à l’égard du MNLA à Kidal a récemment été vivement critiquée par la presse et certains hommes politiques à Bamako, dont l’un a été jusqu’à l’accuser de vouloir établir “un protectorat” dans cette ville.

“Un jeu d’équilibrisme”

Le porte-parole de l’armée a préféré ne pas faire de commentaire sur un accord préalable de Paris au mouvement de l’armée malienne et sa collaboration éventuelle avec les soldats français à Kidal.

“C’est un jeu d’équilibrisme (…) et cela se gère à un niveau politique. Mais ce qui est sûr, c’est que nous sommes sur notre territoire et nous ferons la reconquête au fur et à mesure de nos capacités”, a-t-il affirmé.

L’expulsion le week-end dernier vers Gao par le MNLA de dizaines de membres des communautés noires présentes à Kidal, berceau des Touareg situé à 1.500 km au nord-est de Bamako, a provoqué la colère du régime malien de transition qui a dénoncé une “épuration raciale”.

“Nous avons assisté ces trois derniers jours à une chasse aux Noirs à Kidal. Il s’agit clairement d’actions contre les Noirs”, a affirmé lundi le ministre malien des Affaires étrangères, Tièman Coulibaly, dans un entretien accordé à l’AFP à Paris. Il a évalué à “une bonne centaine” le nombre de personnes arrêtées par le MNLA, dont “certaines ont été emprisonnées, d’autres relâchées”.

“Nous ne pouvons pas accepter que des Maliens soient pris en otages par des criminels”, a-t-il dit, ajoutant : “L’armée va marcher sur Kidal” où “ce qui s’est passé risque d’accélérer l’agenda”.

Le MNLA a démenti toute “chasse aux Noirs”, assurant rechercher des éléments “infiltrés” envoyés par les autorités maliennes à Kidal. Selon le MNLA, plusieurs dizaines de personnes, dont un officier malien, ont été arrêtées par ses hommes à Kidal.

Ces arrestations ciblées et la reconquête en cours de Kidal risquent de compromettre les négociations qui se déroulent à Ouagadougou sous l’égide de la médiation burkinabè en vue de trouver un accord entre la rébellion touareg et le régime de Bamako pour l’organisation de la présidentielle à Kidal.

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