Sur le chemin d’un deuxième miracle économique

Sur le chemin d’un deuxième miracle économique

En bon économiste, Alassane Ouattara, ancien Directeur général adjoint du Fmi (Fmi) savait qu’il pouvait jouir de son carnet d’adresse. Et il s’en targuait lors de la campagne électorale de 2010, affirmant qu’il avait des relations. Comme s’il faisait sienne la maxime du philosophe Senèque, ‘‘ il n’y a de vent favorable pour celui qui sait où il va’’, Alassane Ouattara, élu président de la République et retranché à l’hôtel du Golf, ne perd pas de temps. Avec sa ‘‘dream team’’, il se donne les moyens de soulager les populations ivoiriennes en mettant sur pied, depuis ce réceptif hôtelier, le Programme présidentiel d’urgence (PPU) qui de 2011 à 2013 passe de 45 à 60 milliards de Fcfa, avec un taux de réalisation de 100%. Il s’agit pour le président de la République de répondre aux doléances des populations, qui tiennent, d’abord et avant tout, aux graves difficultés de leur vie quotidienne. Un Fonds présidentiel spécial pour réaliser des investissements rapides dans cinq secteurs considérés comme prioritaires : l’eau potable, la santé, l’éducation, l’électricité et la salubrité urbaine.

Le PPTE, l’effet déclencheur

Ouattara entendait ainsi marquer sa solidarité avec les populations éprouvées par tant d’années de crise. Dès son avènement au pouvoir, le Chef de l’Etat ivoirien hérite d’un pays en pleine déconfiture économique et avec un taux de croissance en 2011 de – 4,7%. Il enclenche alors l’Eco-diplomatie pour sortir le pays du gouffre économique dans lequel il se trouve. La longue série de voyages fait partie de son agenda. Les pays les plus industrialisés, ceux qui comptent dans le monde entier reçoivent le président ivoirien qui s’implique aux côtés du ministre de l’Economie et des Finances d’alors, Charles Diby Koffi, pour mener l’ultime combat de l’obtention par la Côte d’Ivoire du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés). Ainsi, en juin 2012, la Côte d’Ivoire est éligible au point d’achèvement de l’initiative PPTE pour l’annulation de la dette. Cela a donc un effet déclencheur car le pays sait désormais qu’il est désormais devenu crédible et que l’on peut lui faire confiance car, avant de bénéficier du PPTE, la Côte devait rembourser une bonne partie de la dette contractée depuis des dizaines d’années. En septembre 2012, Jim Yong Kim, président du Groupe de la Banque mondiale, après sa désignation à la tête de cette institution, consacre sa première sortie, à la Côte d’Ivoire. « La Côte d’Ivoire a la chance d’avoir des citoyens de premier plan, un leadership de premier plan et nous apprécions beaucoup le leadership du président Alassane Ouattara », a dit le président de la Banque mondiale, lors de son séjour en Côte d’Ivoire. L’institution qui ne reste pas insensible aux actions du président Ouattara décaisse 25 milliards de Fcfa pour les jeunes et 70 milliards de Fcfa pour le projet de renaissance des infrastructures urbaines qui sera complété par le Projet d’urgence d’infrastructures urbaines (Puir), à hauteur de 100 milliards de Fcfa. Et 1000 milliards sont prévus entre 2012-2015 pour les financements publics à travers les guichets IDA-IFC-MIGA. Mais Alassane Ouattara ne perd pas de temps et se rend à Paris, en France, du 02 au 05 décembre pour la table ronde des bailleurs de fonds. Objectif : rechercher des financements pour la mise en œuvre du Plan national développement (PND) 2012-2015 qui se veut la boussole du pays. Un plan qui nécessite un peu plus de 11 000 milliards de Fcfa pour élaborer les grands projets de développement. Au terme de cette table ronde des bailleurs de fonds où la Côte d’Ivoire a fait part de ses projections, les partenaires au développement ont confirmé leur engagement à hauteur de 7 milliards d’euros (8,6 milliards de dollars US), soit 4300 milliards de Fcfa (plus du double du financement qu’attendait la Côte d’Ivoire) sur la période 2013-2015.

Infrastructures routières, mines, pétrole, énergie

Au plan interne, Ouattara se soucie aussi de ceux qui font de la Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial de cacao. Les paysans ont désormais un autre statut, car bénéficiant des effets de la nouvelle reforme de la filière café-cacao. Le producteur ivoirien jouit désormais de 60% du prix sur le marché international avec un prix garanti obligatoire et non indicatif comme par le passé. Et pour l’année 2012, ce sont 720 milliards de Fcfa qui ont été distribués aux paysans ivoiriens. Avec ces 60% du prix CAF (coût, assurance et fret) de référence, 22% de ce prix revient aux intermédiaires et 18% à l`Etat de Côte d`Ivoire. L’amélioration des revenus ruraux a donc été plus rapide qu’en milieu urbain. En effet, les revenus agricoles pour le cacao et les vivriers ont porté sur un montant de plus de 2000 milliards de F.CFA, dont environ 720 milliards de F.CFA pour les producteurs de cacao et 1292 milliards de FCFA pour les producteurs de vivriers. Mieux, il est même adopté la stratégie nationale de production du coton et de l’anacarde qui sera mise en place pour la campagne 2014. Le 15 février 2012 a eu lieu l’adoption de la stratégie nationale de production du riz pour être autosuffisant en 2016 avec la production de 3 millions de tonnes pour un besoin national de 1,9 million de tonnes. La route précède et soutient le développement, a-t-on coutume de le dire. La Côte d’Ivoire avec 40% du réseau routier de l’Uemoa ne veut pas s’arrêter en si bon chemin surtout que des retards ont été constatés dans ce domaine. Pour Alassane Ouattara, cela ne peut plus perdurer, car la Côte d’Ivoire aspire à devenir un pays émergent. Les infrastructures routières sont alors la préoccupation du président Ouattara. Premiers coups de pioches par-ci, réhabilitation de routes par-là. Le premier des Ivoiriens procède alors en septembre 2011, au lancement des travaux du Troisième pont dénommé ‘‘Pont Henri Konan Bédié’’, avec les échangeurs de Marcory et de la Riviera 2, la construction du pont reliant la 7ème à la 8ème tranche, la construction de la route Angré-Mahou, la réfection du mythique pont de Bouaflé (septembre 2012), le lancement des travaux de renforcement de l`alimentation en eau potable d`Abidjan à partir de Bonoua, le 6 août 2012 , l’accélération de la construction de pont de Jacqueville, le lancement des travaux de l’autoroute de Grand-Bassam le 03 août 2012. A cela s’ajoutent la route Doropo-Bouna-frontière du Burkina Faso et bientôt les ponts Reboule Yopougon-Adjamé, Bassawa (Dabakala), etc. Le chef de l’Etat booste les travaux de l’autoroute du nord qui sont prévus s’achever en fin d’année ou tout au plus en début d’année prochaine. Dans le domaine de l’électricité, outre les actions entreprises pour prévenir les délestages, le président Alassane Ouattara procède au lancement des travaux du mythique barrage de Soubré, en février 2013. Un autre évènement de taille sous le président Alassane Ouattara : la venue en 2013 de Christine Lagarde, Directeur général du Fmi, arrivée le 06 janvier à Abidjan pour une visite de 48h. Elle salue le leadership du président Alassane Ouattara, ses décisions courageuses et les performances économique de la Côte d’Ivoire. « Les résultats économiques au cours de la première moitié de l’année 2012 ont été meilleurs que prévus. La mission a par conséquent revu à la hausse la prévision de croissance pour 2012, de 8,1 à 8,6%. L’inflation sur 12 mois, qui était de 1,9% à la fin de l’année 2011 s’est établie auteur de 1,7% en juillet 2012. L’exécution budgétaire a aussi été meilleure que prévue », constate Lagarde qui s’exprime devant le parlement ivoirien. Un autre volet et non des moindres qui n’échappe pas é au président Alassane Ouattara, est le secteur des Mines, du pétrole et de l’Energie. En effet, avec le nouveau code pétrolier, la Côte d’Ivoire signe une quinzaine de contrats pétroliers, auréolées par trois découvertes de pétrole (Tullow, Lukoil et Total), plusieurs découvertes de gaz par Foxtrot. Les travaux d’extension de la centrale à gaz naturel d’Azito, sont lancés le 21 octobre 2011. Quant à la réalisation d’Azito 3, d’un coût total d’environ 208 milliards de Fcfa, elle augmentera la puissance installée de cette centrale de 290 à 430MW. Au plan minier, le 24 octobre 2011, la mine d’or de Tongon (nord de la Côte d’Ivoire), le plus important projet minier, voit le jour. Au total, la Côte d’Ivoire produit environ 12 000 tonnes d’or par an. Les chiffres sont illustrateurs. A savoir 2800 tonnes en 2008, 6943 tonnes en 2009, 7937 tonnes en 2010, 9000 tonnes en 2011 et 12000 tonnes en 2012. Si aujourd’hui des travaux d’envergure sont réalisés en Côte d’Ivoire, c’est aussi grâce aux PME-PMI. Ces structures ou encore fournisseurs de l’Etat ont beaucoup contribué à la reconstruction de la Côte d’Ivoire. Mais le président Ouattara et son équipe qui ne sont pas ingrats ont décidé de rembourser les dépenses préfinancées par ces opérateurs économiques. Mais cela, l’Etat ne veut pas le faire à l’emporte-pièce. Aussi, un audit de tous les arriérés des fournisseurs de l’Etat est fait pour voir la conformité des dépenses effectuées. L’Etat a donc décidé de passer à la vitesse supérieure, à travers le règlement systématique et désormais dans les 90 jours, de toute la dette intérieure. Plus d’accumulation de dettes ou de nouvelles dettes. Sous l’ère Ouattara, le secteur bancaire n’est pas en reste. De nouvelles banques sont arrivées en Côte d’Ivoire. De moins de 20 banques en 2010, il y en a aujourd’hui, 24. Cette panoplie d’établissements bancaires augmente les dépôts.

Secteur des Transports

Ainsi, en fin 2012, les dépôts des banques cumulaient à 5000 milliards de Fcfa contre 3600 milliards de Fcfa en 2010. Et le nombre de compte bancaire est passé en fin 2012 à 2025313 contre 1768868 en 2011. Quant à la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan, au 31 décembre 2012, l’on enregistrait une capitalisation boursière de près de 4000 milliards de Fcfa, soit une progression de 48% par rapport à l’année dernière.
Air Ivoire et la Nouvelle Air Côte d’Ivoire n’ont pu survivre du fait de la mauvaise gestion. Arrivé à la Magistrature suprême, le président Alassane Ouattara a pris l’engagement de créer une compagnie aérienne. C’est ce qui a été fait avec Air Côte d’Ivoire dont le lancement officiel a été fait par le chef de l’Etat en octobre 2012 qui, à cette occasion, a dit vouloir faire de cette structure, une compagnie continentale. Aujourd’hui, cette compagnie dessert quasiment toutes les capitales d’Afrique de l’ouest et du centre. En interne, la compagnie va se lancer dans les vols domestiques, d’où la réfection annoncée des aérodromes de l’intérieur du pays. Un projet, celui de l’aérocité verra bientôt le jour. Un projet de 1000 milliards de Fcfa qui va abriter des hôtels, des supermarchés et autres. En somme une ville aéroportuaire située dans le périmètre de l’aéroport. Au niveau du transport terrestre, il est prévu une gare routière internationale ultramoderne, avec complexe hôtelier pour les transporteurs, siège pour le patronat des transporteurs. Le transport ferroviaire enregistrera la construction du chemin de fer San Pedro-Man qui permettra d’accélérer également les échanges avec le Port de San Pedro qui sera aussi un port minéralier avec l’exploitation du fer du Mont Klahoyo (ouest du pays).

L’environnement
des affaires

Au chapitre de l’amélioration des affaires, la Côte d’Ivoire sous Alassane Ouattara veut améliorer son mauvais rang. Des actions ont donc été entreprises. Elles s’articulent entre autres, autour de la création d’entreprises en 48h contre 32 jours, la prochaine baisse du coût de la création d’entreprise qui passera de 715 000 Fcfa à 182 000 Fcfa, la mise sur pied du Tribunal de commerce, la création d’un guichet unique d’entreprise, un nouveau code d’investissement, etc. Au total, l’économie ivoirienne a renoué avec une croissance forte en 2012, résultant notamment des efforts d’assainissement de tous les secteurs économiques. L’évolution du PIB qui était en repli de – 4,7 % en 2011, année de fin de crise, a connu une forte progression pour se situer à 9,8% en 2012 selon le Premier ministre Duncan. Le regain de dynamisme de tous les grands secteurs de l’activité économique a été stimulé par la relance de l’investissement, de la consommation et des exportations. Le taux d’investissement ressort à 13,7% du PIB en 2012, contre 8,2% du PIB en 2011. Les exportations ont progressé de 12% en 2012 contre un recul de -4% en 2011. De même, l’évolution de la consommation des ménages a cru au taux de 13 % en 2012 contre une baisse de 5,1% en 2011. L’année 2013 devrait confirmer le rebond économique de la Côte d’Ivoire. Objectif : un taux de croissance de 9% en 2013 et 10% en 2014 et 2015. En tout cas, les populations ivoiriennes devraient mieux ressentir les effets de la croissance économique en 2013. En prime la réduction du taux de pauvreté de 50% d’ici 2015. Le revenu par tête d’habitant connaît aussi une hausse de 7,8 % en 2012 et de 8,5 % en prévision pour l’année 2013. Les logements sociaux sont aussi une préoccupation du Chef de l’Etat ivoirien qui pense au bien-être de sa population. Même si beaucoup a été fait, et si la Côte d’Ivoire, sous l’ère Ouattara connait désormais une embellie économique, il n’en demeure pas moins que le meilleur reste à venir lorsque le gouvernement aura colmaté certaines brèches. Cependant, il convient de retenir que tout ce qui se met en place fait partie des signes avant-coureurs d’une Côte d’Ivoire prospère et émergente.

Jean Eric ADINGRA

africatime.com