(AfriSCOOP Lomé) — Comme redouté, les affrontements entre forces de l’ordre et sympathisants de l’Opposition ont meublé une bonne partie de la journée de ce 23 mai à Lomé, à la faveur de l’interdiction faite aux Opposants togolais de dénoncer dans les rues les récentes violations criardes des droits humains sur leur terre natale.

Le Togo renoue dangereusement avec l’utilisation de milices anti-Opposition

Violence politique au Togo (Ph d’illustration/archive/DR.

Une partie du « Boulevard circulaire » a été bloquée pendant plusieurs heures ce jeudi par de jeunes sympathisants de l’Opposition qui avaient bravé l’interdiction de manifestation en ce jour. Course-poursuite, tirs de gaz lacrymogène, jets de pierre ou cailloux, érection et démolition de barricades, pneus brûlés, poubelles renversées, insultes politiques de toutes sortes lancées, etc. ont accompagné ce nouveau geste de défiance d’une partie de la jeunesse à l’égard des forces de l’ordre. Les quartiers loméens Nyékonakpoè, Kodjoviakopé, Hanoukopé ont en grande partie été le théâtre de ces scènes qui ont aussi modérément touché Bè et Tokoin.

La première nouveauté du jour a été la réapparition, à visages très découverts, de « gros bras » (hommes à grand gabarit) aux côtés des forces de l’ordre. Munis de cordelettes raides comme d’habitude, ils ont procédé à des kidnappings de jeunes manifestants dans des véhicules banalisés portant des plaques (d’immatriculation togolaise) comme « 5914 AL et 5952 AL » !

La seconde nouveauté, de sources proches de l’Opposition togolaise, on signale également la présence de militaires en bigarrée parmi les forces de l’ordre depuis le début de la semaine. Ils ont pour mission, selon les Opposants, d’infiltrer les manifestants, mais aussi de semer dans leurs rangs du désordre public. « C’est ce qui s’est passé mardi dernier quand on a accusé des étudiants d’être auteurs de violences publiques aux alentours du Palais de justice de Lomé », assure Me Célestin Agbogan, vice-président de la LTDH (Ligue togolaise des droits de l’Homme), membre du Collectif qui a lancé l’appel à l’organisation de la marche de trois jours de l’Opposition.

Ce 23 mai, des témoins à Nyékonakpoè ont en outre confié avoir assisté au déploiement des « Bérets rouges de l’armée togolaise » chargés de lever les barrages des protestataires sur certaines artères de ce quartier. Les autorités togolaises ont adressé une notification de l’interdiction de la marche de ce jeudi à l’Opposition via un courrier-arrêté signé par le maire Adegnon, après un communiqué co-signé le mardi par deux ministres…

Le gouvernement réagit

Dans un communiqué nocturne diffusé sur Tvt (Télévision nationale) dans le journal de 22h, le ministère de la Sécurité a annoncé avoir interpellé 24 personnes (« dont 4 meneurs ») qui seront présentées devant le Procureur de la République pour trouble à l’ordre public.

En avril 2005, l’instrumentalisation de miliciens pro-parti au pouvoir (avant, pendant et après la présidentielle de la même année) et l’insurrection spontanée générale orchestrée par des sympathisants et militants de l’Opposition dans de nombreuses villes du pays avaient donné lieu à de meurtriers affrontements qui ont causé la mort d’au moins « 500 personnes » selon plusieurs Rapports sur ces violences.

Le régime de Lomé vient de nouveau d’être indexé par Amnesty International dans son dernier Rapport annuel (celui de 2013) ; il lui est reproché d’être indolent en matière des réformes qu’il a promises en 2012 pour lutter contre les violations des droits humains.

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