Les célébrations du Cinquantenaire de la naissance de l’OUA, ancêtre de l’UA, ont commencé ce samedi matin. C’est dans ce contexte qu’un réquisitoire anonyme étrille la gestion de la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission. 

Nkosazana Dlamini Zuma, la présidente de la Commission de l'Union africaine.

Nkosazana Dlamini Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine.

C’est un document qui ne circule que sous le boubou ou sous le costard et, dès lors, ne devrait pas perturber outre mesure le bel ordonnancement des célébrations, ce week-end, du 50e anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue depuis lors Union africaine (UA). Reste que ce mémorandum atteste combien s’est essoufflé l’enthousiasme né de l’élection, voilà bientôt un an, de la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission -l’exécutif permanent- de l’institution continentale.

Depuis plusieurs semaines, le texte anonyme, mais amplement documenté, épingle la gestion de ladite Commission, qui n’aurait guère évolué après le mandat parfois jugé poussif du Gabonais Jean Ping, candidat malheureux à un nouveau bail. Sous le titre “Le partenariat Zuma-Mwencha: plus les choses changent, moins elles changent”, l’auteur dénonce l’immobilisme de la présidente et de son vice-président kényan, histoire de “mettre en évidence les faiblesses qui nous freinent”.

Gabegie bureaucratique à Addis-Abeba

Maints indices suggèrent que le document est bien l’oeuvre d’un fonctionnaire de l’UA, installée à Addis-Abeba, capitale éthiopienne et siège du “Machin” panafricain. Premier écueil, la gabegie bureaucratique: “Vous envoyez un mémo à l’administration, il sera perdu. (…) En fait, la plupart du temps, il restera là où vous l’avez déposé” ; “Essayez d’appeler les Finances pour recouper une information, personne ne répondra. Allez-y, et ils courront autour de vous comme des poulets sans tête”…

Si beaucoup espéraient que l’ex-épouse de Jacob Zuma remettrait un peu d’ordre dans une institution raillée pour sa lenteur et son manque d’efficacité, il n’en est visiblement rien. Et l’appétit pour les honneurs et les privilèges prêté à divers cadres semble intact. “Les directeurs des Affaires sociales, de l’Economie rurale et de l’Agriculture ou des Affaires politiques conduisent littéralement leurs départements depuis les aéroports”, accuse le procureur masqué, citant nombre d’exemples de visites à l’étranger qui auraient gagnées à être déléguées. “Les missions, lit-on, sont devenues un business pour les Commissaires et les directeurs, qui excellent à les justifier.”

L’ego des uns et des autres

Et puis il y a bien sûr l’ego des uns et des autres, facteur d’incongruités récurrentes. Alors que l’on attend toujours la nomination d’un directeur aux Affaires politiques de plein exercice -des “douzaines de postes” vacants seraient à pourvoir sans que l’on s’en soucie -, deux intérimaires se partagent les responsabilités par rotation trimestrielle. Mais “l’animosité entre ces deux personnes est si flagrante que la moindre mesure prise durant ces trois mois par Mr Dare est immédiatement annulée ou inversée par le Dr Dia quand il prend les commandes. Et vice-versa”.

Même si la majorité des chefs d’Etat du continent, flanqués de nombre d’invités de marque, seront réunis ces jours prochains à Addis-Abeba, il est “peu probable que ces problèmes soient discutés ouvertement “, confie un observateur avisé de l’UA. L’objectif affiché, rappelle-t-il,” est de parler Renaissance africaine et Panafricanisme “. Pour autant, le document évoqué ici est de plus en plus commenté, et il se murmure qu’une deuxième livraison serait en préparation.

Egratignée par ricochet, Nkosazana Dlamini-Zuma avait, selon le mémo, “une occasion unique de réformer la Commission”. Pis, “avec du recul, insiste l’auteur, ça irait mieux si Ping était resté”. Les cafouillages d’ores et déjà relevés dans l’organisation du “Jubilé d’or” fourniront sans doute d’autres arguments à ses détracteurs.

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